Magazin'Art
L’amour lent

Shokichi Sato

Quand l’essentiel est de réaliser les formes que l’on sent

Formes, volume et espace

« Il faut se contenter de découvrir, mais toujours se garder d’expliquer. » – Georges Braque.

Le bronze, matériau traditionnel et de vieille tradition. Ce médium est l’un de ceux qui attirent le plus les sculpteurs du fait de pouvoir y juxtaposer dans UN même élan l’éclat des surfaces lisses à la finesse minutieuse des détails en relief. Cela étant écrit, à notre époque, la volonté de produire des oeuvres en bronze est intéressante puisqu’elle nous montre comment cette matière s’adapte admirablement aux expressions contemporaines.

De fait, autrefois, le bronze servait principalement à concrétiser les symboles religieux et autres monuments de personnages incontournables de l’histoire. Or, poussé par d’autres motivations dont celle non plus de représenter mais de s’exprimer, le sculpteur Shokichi Sato entretient avec le bronze des rapports d’actualité. Pensons à un véritable dialogue où les possibilités éloquentes de la plasticine entrent pour beaucoup dans l’élaboration de ses oeuvres.

Sur la route du devenir

Shokichi Sato est né à Kitamé, au Japon, en 1937. Or, c’est dans la foulée des bourses accordées par les Etats-Unis au peuple japonais, en guise d’actions réparatrices d’après-guerre, que Sato arrive au Wisconsin afin de parfaire un savoir en matière de production laitière. Cette formation devant le ramener au Japon avec l’acquisition de connaissances visant la mise en marché d’une industrie laitière viable. Sauf qu’il en fut autrement ! Artiste dans l’âme, Shokichi Sato fit des pieds et des mains pour émigrer au Canada « terre promise de tous les possibles et du respect des libertés ». C’est grâce à une détermination assidue et un labeur exemplaire au quotidien qu’on accordera à ce Japonais, réfugié d’un pays chamboulé par la guerre, de devenir citoyen canadien. Ainsi le retrouverons-nous du côté de Drummondville, au sein d’un élevage industriel de poulets. Il y trouvera une sécurité financière afin de fonder une famille. Et la vie étant ce qu’elle est, deux enfants naîtront.

La femme au berceau

La femme au berceau

Banal que tout cela ? Certainement pas sous l’angle de la création d’un sculpteur de très grand talent en devenir. En effet, le sculpteur a découvert la joie qu’apporte la sculpture permettant aux spectateurs de pouvoir toucher une nouvelle réalité. « Un tableau, dit-il, donne l’illusion de la vérité. Mais devant une sculpture, vous pouvez toucher la réalité. Si je peins un personnage, il s’agit d’une représentation. C’est une image. Mais si je sculpte ce personnage, la sensation de pouvoir toucher cet objet issu de mon esprit permet une joie spéciale au désir de toucher avec la main. »

Albert Rousseau

Installé au Québec depuis 1968, voici qu’en 1972 il se met à la pratique du dessin sous les enseignements du vénéré Albert Rousseau. Succéderont des ateliers avec Montagutelli, fondeur français de passage au Québec, expert du coulage du bronze, qui l’initiera aux techniques de la cire perdue et à la magie des patines. Notons ici, qu’à titre d’autodidacte dans l’âme, Sato aura su garder une réelle distance avec les enseignements, histoire de personnaliser ce qui pouvait nourrir le style de sa propre originalité.

L'oeuf ou la poule

L’oeuf ou la poule

Alors

Les sculptures de Sato demeurent complices des formes morphologiques animales et humaines. Elles sont de notre temps comme elles sont de tous les temps. Je ne saurais oublier de souligner au passage qu’une vie parallèle habite ces objets semblables à des évocations défiant la mort, porteuses, parfois comme des oeufs, des énergies de vie. Ses oeuvres, émanant d’une technique impeccable, découlent d’intuitions communiquant avec la notion du sacré. Créateur, le sculpteur Sato n’est pas seulement un ouvrier du bronze, car c’est par cette matière qu’il touche et définit sa propre expérience de vivre en tant qu’homme devant les mystères de la résurgence de la vie, encore et encore. Sato s’exprime totalement dans toutes ses réalisations. Il fait corps par le touché avec elles. Chacune de ses sculptures est une rencontre privilégiée avec la nature, la vie animale et la fusion de sa vision de la vie dont il traduit la force naturelle de l’instinct, primitive.

Coquine

Coquine

Anne Marrec

Lors de ma visite à l’atelier de Sato, installé dans un Moulin construit autour de 1760 en Bellechasse, quel plaisir de rencontrer la peintre Anne Marrec, conjointe de Shokichi Sato. Quelle fougue exprimée sur la toile ! Fusain, et acrylique jouant du coude à coude afin d’obtenir l’ultime expression du mouvement. Cela sans redevance à aucune école. Dessinatrice naturelle et de grand talent, le mouvement de ses chevaux répond à la vivacité de sa vision, ne laissant surtout pas indifférent.


Texte de Michel Bois

Shokichi Sato est représenté par : Galerie Jean-Pierre Valentin, Montréal ; Galerie Michel-Ange, Montréal ; Galerie Yvon Desgagnés, Baie-Saint-Paul ; Galerie Dimension Plus, Montréal ; Galerie d’art du Mont-Ste-Anne, Beaupré

 

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