Moulin La Lorraine
Magazin'Art

Printemps 2017

MAGAZINART EDITORIAL printemps2017

Lettre ouverte aux décideurs
en matière dʼarts visuels.

Michel Bois

Force est d’admettre qu’au Québec, la reconnaissance et la notoriété sont rarement au rendez-vous en ce qui a trait aux arts visuels. Pire encore si l’artiste est dans la quarantaine, vend des œuvres tout en faisant son petit bonhomme de chemin, sans bourse aucune. Cela Riopelle l’avait compris. Si le peintre ne s’était pas installé en Europe pendant la majeure partie de sa vie active, probable qu’il se serait fondu dans la masse sans jamais profiter d’une cote internationale. Même trajectoire pour Corno. La dame s’est fait un nom à la force du pinceau un peu partout sur le globe. Or le Musée national des beaux-arts du Québec ne possède aucun Corno. Pas plus qu’on ne lui a offert une expo en son majestueux écrin.

Est-ce la faute des conservateurs qui ont tellement peur de se tromper en achetant une œuvre qu’ils sont prêts à acquérir une fiente de pigeon si elle se qualifie sur leur grille d’analyse ? Est-ce la faute des commissaires qui préfèrent exposer le Canadien exilé en France Bryan Adams, chanteur rock dont le hobby est la photographie et qu’on va exposer tout l’été pour attirer les touristes ?

Du calme. Le Musée national des beaux-arts du Québec, n’est certes pas le seul responsable dans tout cela. Il serait avisé de pointer aussi les responsables à la rédaction des journaux et ceux des réseaux télévisuels. Simplement parce qu’on n’y fait qu’une minime place anecdotique aux arts visuels. Et que si on daigne en faire mention, ce sera toujours présenté avec le dédain élitiste des formulations et explications alambiquées. Sauf bien sûr si l’on peut vendre de la copie avec le décès inattendu d’un nom connu. Rappelez-vous Corno… Les témoignages ont déferlés. Du pathétique à la compassion en passant par la critique assassine. « Ouin mais elle était commerciale » se sont insurgés certains journalistes et pseudo critiques en gros caractères dans les journaux. « C’est pour ça qu’elle n’est pas au Musée … » Ah bon, pourtant, Bryan Adams est commercial. Ceci expliquerait-il cela ? Allez savoir…

D’accord, nul n’est prophète en son pays, raconte l’adage. J’ajoute, encore moins si vous êtes un artiste vivant et exposant seulement au Québec. Pourtant l’art n’est pas un amusement, une bébelle, un divertissement il est avant toute chose expression et communication entre les êtres. Et au sein d’une collection muséale, il est un repère dans le temps pour les générations à venir. Enfin, malgré l’agrandissement du MNBAQ, le manque d’œuvres d’artistes québécois sur les cimaises saute aux yeux.

Quelle place aujourd’hui réserve-t-on dans notre imaginaire visuel aux Corno, Claude-A Simard, René Richard, Bruno Côté, Paul Lacroix, Charles Gagnon, Ulysse Comtois, Georges St-Pierre, Lise Gervais, Kitty Bruneau et autres ?

Michel Bois

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