Magazin'Art

Éditorial Automne 2019

EDITORIAL de Michel Bois… 2019

Un marché pour les acheteurs !

Quel titre énigmatique, ou frondeur ? Je vais peut-être crever votre bulle illusoire. Voici les faits : aucun collectionneur n’est dupe quant à la valeur des œuvres à la mode « sauce 2019 ».

Des toiles « au goût du jour », vides de sens, et dont le propre est justement de se démoder à court terme. Car en rien ces créations ne peuvent se réclamer de l’avant-gardisme ou de l’histoire de l’Art. Il s’agit d’une marchandise décorative qui ne prendra jamais de valeur artistique ni pécuniaire. Qui se perdra dans les rebuts bien avant d’être remplacée par la prochaine nouveauté. Ce, au grand dam des artistes exploités à leur insu. Il est dit que la demande d’un public plutôt jeune et en mal de consommer à tout prix, serait forte. Vraiment ? À chacun ses choix, alors. Il est clair que certains prétexteront pour le oui et d’autres pour le non. Le mauvais goût est-il si délicieux ?

Toutefois, il me semble que les meilleures galeries se doivent de tracer la ligne et de donner l’exemple en présentant des artistes dont la création s’échelonne tout au long d’un parcours de vie, jalonné de reportages écrits dans les magazines spécialisés. Histoire de produire de véritables racines documentées légitimement.  Aussi, qu’arrive-t-il de la cote pour les œuvres de Maîtres canadiens reconnus mais qui ne sont plus sur les cimaises les plus populaires ?

D’où l’importance du marché de l’art « secondaire » qui se porte très bien, merci ! Il s’agit de la revente de tableaux d’artistes établis, magistraux à une autre époque. Des artistes dont les tableaux font partie de collections muséales, mais aussi privées. Et qui reviennent sur le marché à la suite d’un décès d’un collectionneur, d’un héritage ou, que sais-je, d’un déménagement. Pensons à  des Riopelle, Cosgrove, René Richard, Iacurto, Ayote, Rousseau, Marc-Aurèle Fortin, Suzor-Côté, Krieghoff et autres célébrés proverbiaux que l’on retrouve déjà au sein de collections illustres.

« Aujourd’hui, le baby boomer est devenu papy boomer, » fait voir Claude Belley, galeriste. « Alors il vend sa collection. Des œuvres de paysagistes, des natures mortes, des nus et des portraits prestigieux. Il y a abondance en ce moment. Mais cela étant réservé pour ceux et celles qui apprécient, savent et connaissent l’histoire de l’Art. » Ce qui ne semble pas être l’apanage d’une tranche de plus en plus large d’un jeune public en mal de rouge ou de dégoulinures proches de l’explosion d’une bouteille de « ketchup » sur un Mickey Mouse. Voilà pourquoi un Cosgrove payé 10 000 $ il y a
30 ans, se retrouve aujourd’hui sur les cimaises en galerie au prix ridicule de 4 000 $. Oui… la cote peut baisser si la demande n’y est plus. Un affront de plus provenant des galeries de pacotilles. Faut-il s’en surprendre ? Pour ma part, cela se compare à un véritable fléau anti-culturel et historique. Nul besoin d’en écrire davantage….

Michel Bois, rédacteur en chef