Magazin'Art
Crinière Crinière

Claude Gauthier

Fantaisie libre

Grande rencontre

On intègre le monde imaginaire de Claude Gauthier en empruntant un éclatant parcours de couleurs et de symboles. Ses œuvres oniriques et fantaisistes promettent à l’observateur un voyage intérieur dont lui seul peut interpréter le sens.

L’art de Claude Gauthier ne passe pas inaperçu : couleurs vives, sujets évoluant sur des fonds abstraits, textures et composition graphiques qui accrochent l’œil avec vigueur. Ces attraits visuels empreints de graphisme sont le résultat d’une longue carrière en arts graphiques au sein de Radio-Canada. Là ou l’art commence et l’illustration se termine est un point non-défini qui caractérise son œuvre. Ouvert sur l’imaginaire, son art a des airs juvéniles qu’il explique simplement : « C’est un peu enfantin mais c’est normal, je suis encore un enfant ! » Des objets qui composent ses paysages fantaisistes se démarquent et réapparaissent dans ses toiles : des maisons, des vases, des chevaux. Sans histoire précise, les créations débridées laissent place à l’imaginaire et à la libre interprétation.

Nées de l’action spontanée, ses toiles voient d’abord le jour sous forme d’abstraction. Par grands gestes libres, Claude Gauthier crée l’environnement qu’il peuplera ensuite selon son inspiration. « J’aime l’abstrait, mais je trouve cela difficile. C’est entièrement une question de lumière et de composition. » Les textures s’ajoutent et l’artiste dégage peu à peu des sujets de l’abstraction. De formats standards aux toiles immenses, son atelier abrite des œuvres récentes qui permettent d’apprécier l’ampleur de son vocabulaire visuel. « J’ai récemment commencé à faire des visages, c’est nouveau et inhabituel pour moi. » Loin d’être classiques, les visages de Claude Gauthier sont des patchworks de textures et de symboles graphiques.

Claude Gauthier

Claude Gauthier

Utilisant à prime abord la peinture acrylique et le mix-média, il expérimente présentement avec les stencils et la peinture aérosol. Sur un chevalet, un cheval en mouvement poursuit sa course dans un univers vibrant et intriguant. « J’aime laisser un peu de mystère dans mes toiles, des lignes pas trop définies. » Claude Gauthier est issu de l’art graphique, un métier qui à l’époque s’attirait le mépris des ‘vrais’ artistes. On comprendra donc que celui qui s’inspire de Gauguin, Da Vinci et Mirò affirme vouloir éviter à tout prix ‘faire cute’, ou peindre pour plaire. La recherche d’authenticité est le moteur principal. Une fois l’œuvre complétée, l’artiste la met à l’écart pour mieux la voir et possiblement la retoucher avec une vision plus détachée. « C’est très difficile de savoir quand s’arrêter. Je me fie souvent au jugement de ma femme, qui a l’œil. Pour moi, le tableau est terminé quand j’ai tout donné.»

Égypte, 40 x 30 po

Égypte, 40 x 30 po

Équilibriste au violon, 40 x 30 po

Équilibriste au violon, 40 x 30 po

Né à Montréal en 1942, Claude Gauthier s’intéresse au dessin depuis son plus jeune âge et remporte même quelques prix et l’encouragement de son professeur. Sur ses recommandations, il fait les Beaux-Arts et se destine à ce qu’on appelle à l’époque ‘l’art commercial’, soit le design graphique et l’illustration. Quelques petits boulots et il entre en 1966 à Radio-Canada, en remplacement de René Derouin, rien de moins. « J’étais très content, c’était très créatif à l’époque. Je faisais ce que je voulais : dessiner. J’ai même touché à l’animation. » Il fournissait des images pour différentes émissions mais travaillait principalement sur des thèmes pour enfants, une influence encore ressentie dans son œuvre actuelle. Il a aussi collaboré à de nombreuses publications telles le MacLean, La Presse, Châtelaine et à de nombreux évènements comme les jeux olympiques et Terre des Hommes.

Oasis

Oasis

Il prend sa retraite en 1996 et ouvre un petit studio dans un bâtiment de sa demeure dans les Laurentides. « J’ai fait des chaises pour commencer, mais j’ai rapidement passé aux toiles, c’était plus lucratif. » Les affaires allaient rondement lorsqu’on lui conseille de présenter son travail à La galerie Michel Bigué. Pris sur le champ, son travail y est encore représenté. De plus il est présent dans le Vieux-Montréal à la galerie Lydia Monaro pour notre plus grand plaisir. Comme à l’époque de Radio-Canada, c’est un bourreau de travail et il doit apprendre à doser ses efforts. « Lors de mes premières expositions, je travaillais tellement qu’une fois le jour du vernissage arrivé j’étais complètement épuisé. »

Infusion

Infusion

Un dur évènement familial verra toute sa production artistique immobilisée pendant deux ans. Deux années pour prendre le recul nécessaire pour réapprendre à vivre, et à peindre. Claude Gauthier prend désormais plus de temps pour élaborer sa vision mais aussi pour évaluer son travail et définir sa constante évolution. « C’est important pour moi d’être fier et satisfait personnellement avant de signer une toile. » L’exploration des visages se poursuivra, de même que la création de très grands formats dont quelques-uns peuplent déjà majestueusement son atelier.

Pour l’artiste qui a débuté son cheminement en se disant « pourvu que je puisse acheter ma peinture, je serai content », Claude Gauthier peut se vanter d’avoir accompli une œuvre éminemment personnelle dont la signature visuelle est unique.


Texte d’Isabelle Gauthier

Représenté par : Galerie Lydia Monaro, Vieux-Montréal Galerie Michel Bigué, Saint-Sauveur

 

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