Magazin'Art

Michel Mecteau

Chaud Saguenay, huile, 36 x 48 po.

Michel Mecteau

Éclat des teintes et formes galbées

À découvrir

Homme de peu de mots, Michel Mecteau n’en a pas moins beaucoup à dire avec ses pinceaux, à l’aide desquels il révèle un univers formé essentiellement de couleurs fulgurantes et d’arabesques gracieuses.

Devant une toile, la verve créatrice de l’artiste devient quasi intarissable, alimentée par un regard captant sans cesse tout ce qui l’entoure en termes de sujets et de valeurs. Bien qu’ils soient figuratifs, ses paysages s’inscrivent  dans une atmosphère aux accents enchantés dont la palette vibrante va au-delà du réel et la composition généreuse aux courbes omniprésentes fait allègrement valser l’œil. Les maisonnettes caractéristiques des petits villages du Québec s’y enfilent en un long collier coloré, bordant un sentier sinueux où se découpent de part et d’autre des montagnes aux flancs imposants.

« L’important, c’est que ça représente la place, même si les éléments sont stylisés et pas  toujours authentiques », affirme l’artiste. La lumière est au cœur de chacune de ses réalisations, où un point focal indique le début du parcours visuel en faisant ressortir un segment du tableau, pour ensuite s’ouvrir vers une promenade plus libre, au gré d’une multitude de volutes et de lignes arrondies. « La forme carrée n’existe pas dans la nature, tout n’est que rondeurs et courbes, » ajoute-t-il.

Né en 1946 à La Sarre, Michel Mecteau part s’établir à Trois-Rivières pour suivre une formation collégiale en dessin d’architecture. Pendant 5 ans, il est ensuite caricaturiste pour le journal Le Nouvelliste, en plus de produire des petites bandes dessinées – des blagues à trois cases – pour plusieurs hebdomadaires locaux des régions de Joliette et de la Mauricie. Il produit aussi des murales pour divers commerces locaux. En 1998, les cours privés qu’il suit avec l’aquarelliste Maurice Domingue lui apprennent à maîtriser plusieurs techniques qu’il réinvestira abondamment tout au long de son évolution personnelle. C’est là qu’il découvre la force des contrastes et leurs jeux d’ombre et de clarté, qui, avec l’intensité de ses tonalités, devien- dront des éléments clés de sa signature.

Petite Rivière St-François, huile, 36 x 48 po.

Petite Rivière St-François, huile, 36 x 48 po.

Lorsqu’il met les pieds au Saguenay, il est instantanément fasciné par les décors accidentés qui diffèrent de l’horizontalité à laquelle il est habitué dans son Abitibi d’origine. Dès sa première visite, il tombe sous le charme de la beauté des scènes qui s’étendent à perte de vue et dont le relief crée des variations de luminosité incroyables qu’il a tout de suite envie d’explorer en peinture, la tête fourmillant d’idées à matérialiser. Ayant acquis une propriété à l’Anse-Saint-Jean, petite municipalité lovée entre le majestueux fjord et les montagnes de l’arrière-pays, il représentera abondamment cette partie du territoire avec force amour et passion.

Carnet de dessin en poche, il parcourt aussi des comtés des Laurentides, des Cantons de l’Est ou de Charlevoix, en quête de panoramas à saisir et à illustrer à sa façon. C’est ainsi qu’il commence par tracer des esquisses sur place, en prenant soin d’y indiquer les nuances appropriées. Une fois de retour dans son atelier situé à même sa demeure, il fait toute sa composition à l’acrylique pour ensuite finir avec l’huile afin d’obtenir les nuances voulues ainsi que davantage d’effets de fondus. Quelques personnages ne manquent jamais de venir animer l’image, son propre chien Biscuit y faisant aussi régulièrement de la figuration. Leurs traits un peu naïfs rappellent vaguement l’approche caricaturale, un héritage s’insérant discrètement par la bande dans son nouveau créneau.

Vue sur Baie-Saint-Paul, huile, 48 x 72 po.

Vue sur Baie-Saint-Paul, huile, 48 x 72 po.

Depuis sa retraite il y a huit ans, il peut désormais s’adonner plus que jamais à son art, avec une intensité renouvelée qui lui permet de répondre à la demande de plusieurs galeries. Lorsqu’il travaille, Michel Mecteau a besoin de musique, le silence étant peu propice à son inspiration. Une fois dans sa bulle, il se lance dans son monde durant plusieurs heures consécutives, souvent même jusque dans la nuit pour la tranquillité qu’elle lui offre. Parfois, pour sortir de ses propres frontières, il s’adonne à l’abstraction afin de changer de rythme, le temps de s’évader vers un espace sans contraintes, sans but précis et juste pour lui-même.

Adorant le contact tant avec le public qu’avec d’autres artistes, Mecteau espère participer encore à certains symposiums, le rêve ultime étant de pouvoir être invité à un événement du genre en Europe pour peindre les splendeurs de l’Espagne, de l’Italie ou de la France, où la lumière rayonne autrement et appelle de nouveaux coloris. Il souhaite aussi illustrer les beaux endroits de la Beauce ou encore du Maine, avec ses bourgades de bord de mer. Peut-être finira-t-il également par accepter un jour les nombreuses demandes qu’il reçoit pour animer des ateliers de peinture pour les amateurs. Mais pour l’instant, son besoin de créer prédomine et il préfère mettre tout le temps dont il dispose à poursuivre sa propre démarche. Comme il aime aussi faire des portraits et qu’il est habile en la matière, il n’est pas impossible que ses personnages se taillent une plus grande place dans ses réalisations, pour peu que le public veuille bien le suivre dans cette nouvelle voie.

On retrouve les œuvres de Michel Mecteau à la galerie Le Bourget de Montréal, la galerie Céleste de Saint-Sauveur et la galerie Quatre Saisons, à Québec.


 Texte de Lisanne Le Tellier

Homme de peu de mots, Michel Mecteau n’en a pas moins beaucoup à dire avec ses pinceaux, à l’aide desquels il révèle un univers…