Magazin'Art
Zohar, acrylique, 36 x 30 po

Suzan Édith Baron Lafrenière

Hommage aux femmes

À découvrir

Amour et chaleur humaine, que du bonheur ! C’est dans une atmosphère de grande fête que je suis accueilli à la Galerie Baron Lafrenière à Québec en cet après-midi d’automne.

Quelle chance de rencontrer cette grande dame des arts, Suzan Édith Baron Lafrenière, et ses deux fils, Nikolas-Samuel Bernier, directeur de la galerie et François David Bernier, avocat et propriétaire de cette magnifique galerie d’art située dans l’ancienne banque Molson, près du Vieux-Port de Québec. Suzan Édith Baron Lafrenière a quatre garçons qui font activement la promotion de son oeuvre auprès du public et des collectionneurs.

Suzan Édith est née un 8 mars, Journée internationale de la femme, sur la rue Ste-Anne dans le Vieux-Québec. Aînée d’une famille de six enfants, elle est la fille de Robert Baron Lafrenière, juge à la Cour Supérieure du Québec. Elle a vécu une enfance heureuse, dans une famille qui valorisait les arts. Sa mère aimait jouer du piano et son père adorait chanter.

Son amour de la peinture a débuté très tôt lorsque sa mère, qui peignait les murs de sa demeure, lui a mis un pinceau entre les mains. Son père, pour sa part, lui donnait des cartes postales dont elle reproduisait les images en dessin ; elle a commencé à peindre à l’âge de 10 ans, quand il lui a offert sa première toile. Ses parents l’ont ainsi beaucoup encouragé à poursuivre sa vocation artistique. Fort douée et jusqu’alors autodidacte, elle commença à suivre des cours de dessin avec son mentor, le peintre figuratif québécois Francesco Iacurto. Plus tard, dans la quarantaine, elle fera un baccalauréat en arts plastiques à l’université Laval et une année en histoire de l’art. Elle terminera ce baccalauréat dans les locaux de la Dominion Corset à Québec où oeuvraient plusieurs couturières, ce qui laissera une empreinte féminine sur toute son oeuvre qui rend hommage aux femmes et à leurs talents. Suzan Édith peint en effet souvent des femmes qui travaillent dans des ateliers ; elle aime raconter la transmission du savoir mère fille, comme c’est souvent le cas des couturières. En plus des beaux-arts, Suzan Édith s’intéresse aussi à la gérontologie, au ballet classique, au cinéma et à la nage synchronisée.

Jusqu'à Toi, Québec 2008 (Hommage aux Filles du Roy), acrylique, 55 x 110 po

Jusqu’à Toi, Québec 2008 (Hommage aux Filles du Roy), acrylique, 55 x 110 po

L’oeuvre

Les tableaux de Suzan Édith Baron Lafrenière sont d’une rare beauté qui traverse le temps. Elle peint maintenant surtout à l’acrylique, mais a par le passé déjà utilisé l’huile et la technique du papier marouflé ainsi que peint sur du bois.

Véritable alchimiste des couleurs et des dégradés, elle nous donne le goût de toucher à ses toiles. Comme le dit si bien son fils Nikolas-Samuel : « Ma mère réussit à réconcilier l’abstrait et le figuratif. Les personnages de ses toiles semblent parfois émerger, de façon harmonieuse, d’une réorganisation des mêmes couleurs. Grâce à sa technique unique de couches superposées et d’entrelacements chromatiques par translucidité, elle fait de la couleur bleue une couleur chaude. L’ambiance chaleureuse et la lueur tamisée qui émanent de ses tableaux injectent dans les veines de celui qui les contemple, par les regards furtifs ou ombragés des êtres de l’autre côté du cadre, le courage de revoir l’Histoire sous l’angle du pouvoir intemporel des Femmes. »

Il n’y a pas de violents contrastes de couleurs, qui sont essentiellement chaudes. Ces tableaux semblent éclairés par des bougies. Les chatoiements de couleurs y sont contradictoires. L’humeur des personnages change selon l’éclairage. Ils nous charment ; ils nous regardent avec tendresse ; ils nous apaisent. Ce qui est fabuleux dans l’oeuvre de Suzan Édith Baron Lafrenière, c’est que les personnages prennent vie. On n’achète pas ces toiles, on les adopte ! Les collectionneurs new-yorkais et du Maine en raffolent. Elle a même un tableau au siège de l’UNESCO.

Les Natures revitalisées, acrylique, 72 x 48 po

Les Natures revitalisées, acrylique, 72 x 48 po

Parlons-en des femmes dans l’oeuvre de cette artiste peintre ! Elles sont omniprésentes, elles nous interpellent du regard. Ayant eu quatre garçons, l’artiste peintre qui voulait avoir une fille a sublimé ce désir dans ses toiles par une présence féminine constante.

Dans ces scènes de rassemblement féminin, de foule, de rues, on peut admirer l’abondance, la famille, la coquetterie et la féminité de ces dames qui se retrouvent en secret pour changer le monde.

L’espace-temps se replie pour nous faire voyager en rêve, à une époque lointaine, indéfinie. Teintes de vert, sa couleur préférée, et de bleu magnifiques ; des dégradés qui créent la lumière et la profondeur ! On peut percevoir l’influence d’un Jean-Paul Lemieux, des impressionnistes et, en particulier, de Goya.

Suzan Édith s’inspire des femmes, des enfants, de la foule, des scènes de rue et du quotidien. Elle voit le magnifique partout, nous fait découvrir la splendeur dans les choses du quotidien qui peuvent nous paraître banales. Le décor féerique du Vieux-Québec est présent dans son oeuvre. Elle réconcilie l’ancien et le nouveau.

Dans son gigantesque et magnifique tableau intitulé « Jusqu’à Toi, Québec 2008 », Suzan Édith Baron Lafrenière rend hommage aux Filles du Roy afin de célébrer le 400e anniversaire de la ville de Québec. Bien sûr, les premières Filles du Roy, dont nous venons de souligner le 350e anniversaire, ne sont arrivées qu’en 1663. Mais ce que cette oeuvre cherche à faire réaliser, c’est que, sans elles, nous n’aurions tout simplement pas été là pour fêter le 400e de Québec, où tout a commencé, ou presque. Dans une lumière chaleureuse, les personnages féminins et les éléments du décor – table et boustifaille, récipients prometteurs d’abondance, chaises en bois – sont fondus les uns dans les autres. Tout devient ocre, d’une même nature, d’une même terre.

Suzan Édith aimerait revenir à la tempera et s’oriente de plus en plus vers l’abstraction. « Ce qui m’habite, c’est de créer constamment quelque chose de nouveau », renchérit-elle. Elle n’aime pas tout dire, elle aime laisser place à l’imagination du spectateur.

Son message: « Je veux rendre les gens heureux ! Et cela, dans la création. »

Voilà une artiste et des oeuvres vraiment magnifiques à découvrir lors d’une exposition spéciale qui lui sera consacrée le 8 mars 2015, Journée internationale de la femme, à la Galerie Baron Lafrenière, 66, Sault-au-Matelot, Québec.


Texte de Frédéric-Marc Gagné

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