Magazin'Art

Marc-Aurèle Fortin

René Gagnon

Atteindre l’intemporel

Peindre un pays

« J’ignore si mes tableaux sont surréalistes ou pas, mais je sais qu’ils sont l’expression la plus franche de moi-même. »Frida Kahlo

Devant moi, l’homme se tient droit comme un chêne. Les mains sont immenses. La chevelure hirsute à la Albert Einstein. Un regard profond où l’on débusque les joies les plus grandes et les affres de l’expérience humaine. René Gagnon négocie depuis 86 ans avec les aléas de la vie, dont 67 ans avec les démons de la création.

Sur la table du resto, les photographies contenues dans son livre défilent. Ici, à la pêche avec Riopelle, Paul Rebeyrolle et Stanley Cosgrove. Une autre avec Alfred Pellan, lors d’une exposition à Paris. Merci à la vie d’avoir mis sur ma route la création de René Gagnon ! S’agit-il du secret le mieux gardé de l’histoire de l’art du Québec !

Marc-Aurèle Fortin, Rousseau, Ayotte et autres

Tout en procédant d’un hasard merveilleux, la venue à la création de René Gagnon fut toute simple. Voué sans conviction à prendre a relève sur la ferme natale, au village de Sainte-Anne de Chicoutimi, voici que son oncle, René Bergeron, agent influent du milieu des arts visuels, invite les artistes qu’il représente à peindre le grandiose du Saguenay et de la Côte-Nord. Les Marc-Aurèle Fortin, Cosgrove, Albert Rousseau, René Richard, Rodolphe Duguay, Léo Ayotte, furent les premiers peintres rencontrés par Gagnon à l’Anse-à- Benjamin, près de son village.

« J’adorais les voir capter la lumière, chacun à sa manière, souvent tirée du même paysage mais toujours avec une atmosphère et quelque chose de très personnel. Autour du repas du soir, ils s’autocritiquaient. On y parlait aussi beaucoup de l’avant-garde abstraite de Borduas et de la figuration surréaliste de Pellan. Moi, je me faisais tout petit. J’écoutais. Marc-Aurèle Fortin, il était mon préféré entre tous. La féerie dans le feuillage des arbres, les harmonies lumineuses provenant des supports peints en gris ou en noir ; j’adorais la liberté qu’il prenait à transformer les éléments du paysage pour les rendre encore plus expressifs. »

Baie Sainte-Marguerite sur le Saguenay

Baie Sainte-Marguerite sur le Saguenay

Peindre le pays

« J’aime ce pays, j’en suis plein et ce qui déborde de ce trop plein, c’est ma peinture, mon expression. »

Son père étant persuadé que son fils allait reprendre les rênes de la ferme, la nuit, René Gagnon peint. Acculé à l’évidence, son paternel, résigné, lui offre un coffret de peinture. Dans l’enthousiasme de peindre, sa vie amoureuse turlute ! René se marie et devient rapidement à son tour père de cinq enfants. Pour subvenir aux besoins de sa famille, il travaille chez Alcan, une entreprise de production d’aluminium à Chicoutimi. Sauf que le désir de peindre à temps plein le ronge toujours. Entre-temps, il dut s’éloigner du clan familial pour dénicher des acheteurs et des collectionneurs à travers le Québec. « Puis je suis parti en aventurier à New York. Des galeristes m’ont propulsé dans le monde de l’art et des célébrités. J’aurais pu y faire carrière et connaître la fortune. Mais je suis revenu au Québec pour mes enfants, même si j’y menais une vie cinq étoiles, sans une cenne en poche. »

Vint par la suite l’aventure d’une galerie à Montréal, puis les voyages à travers le monde. De fait, Gagnon peut se glorifier d’avoir fait connaître l’immensité de nos espaces et la beauté indicible des paysages québécois lors d’expositions présentées aux États-Unis, en France, aux Bahamas, au Maroc, aux Philippines, en Chine, à Taiwan et en Malaisie, avec un succès dépassant la commune mesure.

Aurores Boréales

Aurores Boréales

Son art et retour à l’Anse-de-Roche

Parlons d’une peinture issue de l’incessante recherche permettant d’établir une communauté d’esprit avec les peintres qui se livrent avec enthousiasme à l’abstraction gestuelle et lyrique. Ajoutons cependant qu’à l’étalement instinctif des couleurs à la spatule, on sent chez Gagnon un principe d’organisation liant les masses et les saillies, le ciel et la terre, donc. Or, s’il recourt à l’usage du pinceau de soie pour rehausser l’effet heureux des glacis, devant ses toiles, l’on songe à un monde en mouvance constante et dans lequel des cascades d’eau traceraient sur la terre, dans le froid et la lumière, les sillons de clarté d’un exceptionnel visionnaire. Vivant au jour le jour, après une période de maladie, René Gagnon est de retour en son domaine de L’Anse-De-Roche. Les projets pullulent, dont une toile de dimensions monumentales. Va sans dire que l’artiste peintre et son épouse, Claire-Hélène Hovington, seront ravis de vous recevoir, sous invitation seulement, au Musée René Gagnon. info@renegagnon.com

De rêve et de paysages

Soulignons la sortie de la biographie complète du peintre sous le titre De rêve et de paysages. Il s’agit d’un formidable ouvrage de 200 pages offrant généreusement 48 photographies des oeuvres du peintre, des citations et des clichés de parties de pêche en compagnie des Riopelle, Cosgrove et bien d’autres. Le tout signé Christine Gilliet qui, avec minutie et sensibilité, a su mener à terme ce projet après trois années à recueillir les souvenirs et propos de René Gagnon. Pour acheter le livre, on contactera l’artiste par courriel à info@renegagnon.com ou via la Galerie 203 : 514 439-4203 ou au 514 261-0899


 Texte de Michel Bois

Devant moi, l’homme se tient droit comme un chêne. Les mains sont immenses. La chevelure hirsute à la Albert Einstein…

Plein d’espoir,30 x 30 po

Lucie Michel

Effusions lyriques entre le ciel et la terre

Clin d’oeil

« Tous ces gens qui vous rasent sur l’art, allez donc leur apprendre que ce n’est pas seulement une question de métier, mais qu’il faut en plus un certain quelque chose dont aucun professeur n’enseigne le secret… de la finesse…du charme… de la poésie. Et cela on le porte en soi. » – Renoir

D’entrée de jeu, je vous dirai que devant une toile de Lucie Michel j’éprouve une sorte de ravissement indéfinissable. Un sentiment à la fois si tendre et violent, qu’il m’emporte ailleurs par son intensité. Les couleurs savoureuses que Lucie Michel introduit dans ses paysages laissent entendre un chant de liberté sur le chemin des émotions impromptues. Mais qui est donc cette artiste peintre dont j’ai découvert les oeuvres rue Saint-Pierre, à Québec ?

Baccalauréat spécialisé en arts visuels de l’université Concordia à Montréal, en 1983. Maîtrise en enseignement des arts plastiques de la même institution, en 1997. Voici le précieux savoir académique qu’elle a su surpasser avec bonheur. Sa découverte des tableaux de Marc-Aurèle Fortin, Tom Thompson, Jennifer Hornyak, Alex Powers et Virginie Bocaert, l’a irrémédiablement fait basculer dans l’univers de la création pure. L’acrylique, le crayon à l’encre et le fusain demeurent ses médiums préférés.

Mais encore ?

Lucie Michel sait livrer sa passion et sa tendresse pour la nature et les partager d’une manière singulière. Aussi, par le recours aux coloris audacieux et tout autant aux effets lumineux et diffus des formes à la limite de l’abstraction, selon moi, seule une peintre authentique peut évoquer par le paysage des émotions nouvelles d’une telle intensité. À une époque où certains artistes conceptuels en mal d’idées s’en remettent par dépit à la nouvelle technologie, cette paysagiste pour sa part ouvre encore et encore des portes avec désinvolture et grâce.

Enseignante amenée depuis 20 ans à livrer les secrets décantés de la couleur auprès des adolescents du secondaire, sa pratique professorale n’aura d’aucune façon altéré son univers créatif. Ses tableaux décrivent des scènes du Québec et de la Nouvelle-Angleterre, plus précisément les vallons bucoliques de l’état du Maine où elle a passé son enfance à dessiner la position des arbres, les courbes des collines et l’effusion lyrique, lente et suave des couleurs gorgées des sucs de l’été, se déclinant dans la gamme infinie de ses variations pour accueillir l’automne.

Rayon lumineux, 24 x 30 po

Rayon lumineux, 24 x 30 po

Une artiste libre

Noire et mauve, Douceur matinale, Rosée du matin, Soleil couchant, Réconfort – autant de titres, autant d’incitations à jouer avec les taches d’acrylique, les dégoulinades du hasard, les traces d’un pinceau sec, les formes plus évoquées que montrées ou encore la texture matérielle du jute de la toile. Il serait malheureux pour les amateurs de paysage d’ignorer cette artiste véritable par son oeuvre, authentique par l’intention, pure dans le geste créateur sans tricherie aucune. Cette tache dégouline… qu’il en soit ainsi alors ! Lucie Michel projette sur la toile toute l’énergie, la candeur de l’enfance et toutes les forces cachées qui l’animent.

Précipité, 20 x 24 po

Précipité, 20 x 24 po

Ici, un semblant de maison ! Là, des conifères ! Plus loin, la mer… peut-être ! Qu’est-il besoin de parler d’abstraction ou de figuration pour décrire cette oeuvre, vibrante de toutes les sonorités de la terre, de l’eau et du ciel ? L’orangé, le mauve, le vert profond, puis les couleurs de rêve, le bleu céleste et le rose crépusculaire, contribuent à l’atmosphère d’une vision extasiée, irréelle et féerique. Parlons d’une peinture née d’une paix intérieure trouvant son équilibre entre les formes et les couleurs comme suspendues dans l’espace immatériel de la toile.

Champêtre, 40 x 40 po

Champêtre, 40 x 40 po

Il m’a fait tellement plaisir de vous faire connaître une paysagiste libre et consciente de l’être. Cependant, devant ses toiles, le spectateur ne saura jamais soupçonner tous les efforts déployés afin d’atteindre un rendu dépouillé, zen, en toute simplicité. Sauf qu’ils auront permis à une artiste, généreuse tout autant dans son enseignement aux plus jeunes, de pouvoir enfin se donner à sa véritable vocation artistique. Aujourd’hui, un public de plus en plus large perçoit la magie qui guide sa main dans le récit du paysage recréé, sous le charme duquel je suis tombé. Quel plaisir de pouvoir le partager avec vous !


Texte de Michel Bois

Lucie Michel est représentée par Galerie d’art Internationale à Québec, Galerie Art & Style à Baie-Saint-Paul, Dimension Plus à Montréal et Koyman Galleries à Ottawa. Pour communiquer avec l’artiste par internet : www.luciemichel.ca

D’entrée de jeu, je vous dirai que devant une toile de Lucie Michel j’éprouve une sorte de ravissement indéfinissable. Un sentiment à la fois si tendre et violent, qu’il m’emporte…