Magazin'Art

collage

La cage, je resterai en vie, 24 x 70 po, 2016

Sandra Chevrier

Héroïsme au féminin

Sur le Web, présente des artistes inspirants qui utilisent les médias sociaux et diverses plateformes de partage dans le but de promouvoir leur art sur Internet.

L’artiste articule sa démarche sur la quête de liberté identitaire de la femme contemporaine : « Une réalité où le rôle de la femme est préconçu et où celle-ci se doit d’être à la fois aimante, puissante, passionnée et travailleuse, tout en respectant les diktats que la société dans laquelle elle évolue lui impose. »

Après plusieurs esquisses préparatoires, l’artiste transpose avec assurance sur le canevas ses personnages mélancoliques et énigmatiques. Dans sa dernière série « Les Cages Super Héros », les femmes de Chevrier sont muselées par des masques graphiques extraits de bande dessinée américaine. Pour l’artiste, ce mimétisme symbolise ces prisons sociales où elles cachent leur véritable identité. Dans ses œuvres, Sandra Chevrier confronte le dynamisme tiré des onomatopées, des couleurs vives et de la victoire face à la grisaille de la défaite et l’émouvante fragilité. Elle évoque ainsi la lutte quotidienne de ces femmes, nourries par les fausses attentes qu’elles se font de la beauté et de la perfection. « Si les Super-Héros tombent et se relèvent, alors nous devrions nous aussi accepter nos faiblesses et garder courage face à l’épreuve. Réalisons que nous sommes humains. »

Originaire des Laurentides et Bachelière en arts visuels et médiatiques de l’Université du Québec à Montréal, Sandra Chevrier vit et travaille actuellement à Montréal. Ses œuvres voyagent au Japon, en Nouvelle-Zélande, en Angleterre, en Norvège, aux États-Unis et en Chine.

Parlez-nous de votre médium ?

S. C. : J’utilise plusieurs médiums : acrylique, aquarelle, pastel, graphite et parfois le collage. Je peux produire de très grands formats sur canevas ou concevoir de plus petites œuvres sur papier. J’aime aussi travailler avec le bois; avec celui-ci je peux jouer avec des formes atypiques.

Si vous aviez à écrire un tweet de moins de 140 caractères décrivant votre travail artistique, quel serait ce tweet (mots-clics inclus) ?

S. C. : Portraits portant des masques. Cages symbolisant nos prisons quotidiennes. Valse entre réel et imaginaire, vrai et faux, remède et poison.

Quelle est l’importance pour un artiste peintre d’avoir son site Internet et une présence sur les médias sociaux ?

S. C. : Les réseaux sociaux sont devenus les meilleurs outils dont peut bénéficier un artiste. L’art devient maintenant accessible aux humains aux quatre coins du monde en quelques clics seulement. Il voyage lui-même sans effort. Les galeries en souffrent beaucoup; les artistes n’ont plus nécessairement besoin d’une galerie ou d’un agent car ils peuvent eux-mêmes promouvoir leur travail, et ce, sans débourser le moindre sou. Je suis très active sur les réseaux sociaux et ils sont la principale raison de mon succès à l’international.

Que recommandez-vous aux artistes qui n’ont pas de site Internet et qui n’ont pas ou très peu de budgets ?

S. C. : Il y a plusieurs façons de promouvoir gratuitement son travail. Instagram serait mon premier choix, ensuite viennent les sites comme Facebook, Ello, les forums d’art tels que Banksy Forum et Espresso Beans, LinkedIn, Pinterest….

Sur un le plan professionnel, combien de temps investissez-vous dans les médias sociaux ?

S. C. : Tous les jours je tente de publier au moins une photo ou quelques photos sur Instagram. Les gens qui suivent mes profils aiment voir les work in progress, des esquisses, ma vie dans l’atelier, certains moments de ma vie… Ainsi ils réalisent le travail derrière une œuvre. Ils m’accompagnent dans mes voyages autour du monde et lors de mes expositions. Ils apprennent à connaître un peu qui je suis, comme personne, comme maman, femme d’affaires et artiste.

 

La cage tout ce que je suis

La cage tout ce que je suis

 

Quel est l’impact des médias sociaux sur votre carrière ?

S. C. : J’ai maintenant des clients dont je n’aurais d’aucune autre façon pu acquérir les contacts : des célébrités, des investisseurs milliardaires. Par exemple, je suis maintenant amie avec la chanteuse Alicia Keys et le rappeur Swizz Beatz, fondateur de la « The Dean Collection ». Cette prestigieuse collection s’est enrichie de plusieurs œuvres d’artistes émergents et reconnus.

Votre page Facebook a près de 19 000 abonnés. Utilisez-vous cette plateforme pour faire la promotion de votre travail artistique ?

S. C. : Je vous avoue que depuis ma découverte d’Instagram, je préconise cette plateforme plutôt que Facebook. Pour un artiste visuel qui travaille avec des images, Instagram semble plus efficace et m’aide à rejoindre un plus large public. Je compte maintenant plus de 40 000 abonnés sur cette plateforme. Cependant, pour un meilleur contrôle de mes médias et une gestion plus efficace, je relie mon compte Instagram à mes comptes Twitter et Facebook.

Avez-vous une galerie marchande sur Internet ? Si oui, quelle place les transactions en ligne occupent-elles dans vos revenus ? Sentez-vous une réticence de la part des artistes à vendre leurs pièces en ligne ?

S. C. : J’ai vendu par moi-même durant plusieurs années jusqu’à ce que ma carrière prenne un virage international. J’expose aux quatre coins du globe, j’ai donc des clients de partout. Mon partenaire d’affaire et gérant d’artiste Jean-Pascal Fournier a ouvert la Galerie C.O.A et une galerie marchande en ligne dans le but de disposer d’un lieu physique à Montréal et, du coup, nous donner une certaine crédibilité. Maintenant je peux faire imprimer une édition de 350 giclées ou sérigraphies qui se vendront en moins de 15 secondes sur le site. J’y vends aussi des originaux. Le site Internet et la galerie nous ont également permis d’acquérir une liste de contacts et de clients qui se sont ajoutés à notre infolettre. Ils sont avisés dès qu’il y a des œuvres disponibles. Après quelques essais et erreurs, nous travaillons maintenant avec des compagnies de transport de confiance et qui acheminent les œuvres partout dans le monde. Évidemment il peut arriver des pépins, mais les gens nous font confiance et sont conscients des risques. Nous offrons un bon service après-vente en cas de problème.

Quels sont vos projets pour les 6 prochains mois (ou +) ? Expositions ? Résidences d’artiste ? Formations ?

S. C. : Je reviens tout juste d’une exposition à Hong Kong et à New York. Je me lance dans la production de ma prochaine exposition solo qui aura lieu à Los Angeles à l’automne. J’exposerai également en Norvège, en Australie et à Miami d’ici la fin de l’année.


Texte de Isabelle Gagné

Tous les liens pour suivre Sandra Chevrier sur le Web afin de rester connecté avec cette artiste :

Site internet officiel : sandrachevrier.com

Facebook : Facebook.com/sandra.chevrier

Instagram : instagram.com/sandrachevrier

Sandra Chevrier est représentée par la Galerie C.O.A à Montréal : coagallery.com

 

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L’artiste articule sa démarche sur la quête de liberté identitaire de la femme contemporaine…

Éole et Annabelle

Annabelle Marquis

Art au féminin

Voici une analogie peu commune : se sentir aspiré et simultanément soufflé en contemplant une œuvre. Le souffle d’une toile ! On la qualifierait d’aérienne mais peu importe, car l’expérience des sens est complète et ne requiert guère plus d’explications.

Dans un déploiement de couleurs et de contrastes, les toiles d’Annabelle Marquis véhiculent avec harmonie des qualificatifs opposés : aériennes et pourtant sombres et colorées, douceur et force, tranquillité et agitation. Loin de se soucier de ses antinomies, l’artiste laisse libre cours à son inspiration et suit volontiers le flot du geste créateur. « Je débute mes toiles avec la composition. Une fois ses éléments en place, le tableau se révèle peu à peu. »

L’artiste de 34 ans a pris le milieu artistique par surprise en incluant du collage dans ses œuvres. Subtilement au début, puis carrément à l’avant-plan par la suite, les papiers de magazines ou de confection participent à l’aspect pictural d’étonnante façon. Virevoltant sur un fond nébuleux ou graciant un sujet figuratif, l’œil se déroute devant cette information imprimée et juxtaposée. Un effet de papillonnement, de mouvement décliné en couleurs intenses crée un univers où il fait bon se perdre.

Graphiste de formation, Annabelle Marquis était malheureuse dans son travail. Lors de son congé de maternité, elle tâte la peinture et retrouve avec bonheur le contact avec la matière, absent de son emploi largement centré sur l’ordinateur. Par plaisir, elle organise un vernissage pour son entourage où tout sera vendu. Les gens viennent vers elle et l’encouragent à poursuivre sur cette voie. « Pour moi, être artiste peintre n’était pas vraiment un métier. Je ne croyais pas que c’était possible. » On lui suggère de contacter une autre artiste afin de valider son questionnement.

Regard royal, technique mxte sur toile, 2013, 48 x 48 po.

Regard royal, technique mxte sur toile, 2013, 48 x 48 po.

« Dans ma chasse au trésor, vous êtes mon prochain indice » dit- elle au téléphone à l’artiste Sophie Lambert, qui éclate de rire. Les deux femmes se découvrent des atomes crochus et cette dernière l’incite à continuer tout en soulignant l’importance d’être proactive. « Va le chercher ton métier », lui dira-t-elle.

D’un naturel fonceur et passionnée de marketing, Annabelle se lance avec assurance et se retrouve bientôt dans plusieurs galeries à travers le pays. « J’ai inscrit des toiles dans des concours et mon nom s’est mis à circuler. Ma toile Les ailes d’Icare a remporté le premier prix du concours Gala International Arts Visuels en 2009 et mon téléphone s’est mis à sonner. » Malgré l’excitation de toute cette effervescence, il faut réfléchir au parcours artistique souhaité et éviter les pièges d’un marché assoiffé de nouveauté. Mais la jeune artiste a les pieds sur terre et garde son rêve bien au chaud. « Peu à peu j’ai commencé à voir comment je voulais travailler et avec quelles galeries. Il me faut aussi du temps pour me ressourcer. »

L’Empereur Dragon, technique mixte sur toile, 2012, 40 x 60 po.

L’Empereur Dragon, technique mixte sur toile, 2012, 40 x 60 po.

Elle s’autorise du temps libre lorsqu’elle en a besoin et feuillette des magazines pour s’inspirer. « Le sujet arrive souvent par le choix des découpages. Parfois j’ai une pile destinée à un animal et je l’exécute lorsque le matériel me semble assez abondant. D’autres fois, l’amalgame des papiers sur la toile dictent le sujet.» Dragon, taureau, poisson, sa formation graphique se révèle par des compositions et des choix de sujets dynamiques.

Être social et enthousiaste, Annabelle Marquis craignait quelque peu l’isolement de l’atelier. « J’ai vite trouvé la balance entre ma vie sociale et mon travail de création. J’ai désormais besoin de me retrouver seule en face de mes toiles. » Ce tête-à-tête quotidien est d’ailleurs riche en enseignements : « J’apprends plein de choses sur la vie en peignant seule. Les toiles sont comme des enfants, ils ont leur individualité. Tu as des espoirs et une idée de ce qu’ils seront. Mais ce n’est jamais comme tu penses et c’est bien comme ça! » Des réalisations plus philosophiques, comme les bienfaits des accidents, cultivent chez cette artiste une mentalité axée sur le positif et l’ouverture sur l’inconnu. « Je me mets fréquemment des bâtons dans les roues pour me pousser hors de mes zones de confort. Plus je suis déstabilisée et plus j’apprends. »

La floraison de Chloris, technique mixte sur toile, 2012, 40 x 48 po.

La floraison de Chloris, technique mixte sur toile, 2012, 40 x 48 po.

Consciente que son style est ancré dans sa technique, elle aime se renouveler avec des thématiques : portraits de femme, animaux et abstraits. Le plus important pour elle est de créer dans l’authenticité et l’intégrité. Chaque toile se voit garantir son élan créatif, par éthique professionnelle de l’artiste mais aussi par respect pour l’acheteur.

« C’est le standard qualité Marquis », confirme en souriant l’adepte de marketing.

Annabelle Marquis pense avant de poser son pinceau sur la toile. Elle peint à l’écoute de son instinct et reconnaît l’achèvement d’une pièce. « Quand elle est finie, elle est monumentale ! » Naviguer les eaux parfois troubles d’une carrière créative semble être une deuxiè- me nature pour cette artiste qui insuffle un vent de nouveauté.

Annabelle Marquis est représentée par :

Galerie Perreault, 122, Côte de la Montagne, Québec, G1K 9C6. Tél.: 418.692.4773               www.galerie-perreault.com

Galerie d’art Iris, 30, St-Jean-Baptiste, Baie Saint-Paul, Québec, G3Z 1L9 Tél.: 418.435.5768 www.galerieiris.com

West End Gallery, 1203, Broad Street, Victoria, British Columbia, Tél.: 250-388-0009 www.westendgalleryltd.com

West End Gallery, 12308, Jasper ave., Edmonton, Alberta Tél.: 780-488-4892 www.westendgalleryltd.com


Texte d’Isabelle Gauthier

Voici une analogie peu commune : se sentir aspiré et simultané- ment soufflé en contemplant une œuvre…