Galerie Jeannine Blais
Magazin'Art
Cosmos 3, 48 x 48 po

Michel Soulières

Aux autres de voir

Réalisme contemporain

« L’oeuvre abstraite surgit dans sa dimension du temps dans son temps. Mais elle devient seulement oeuvre d’art par ce qui échappe à l’artiste… » – André Malraux

Michel Soulières peint par passion. Sans trop savoir pourquoi, il lui faut combler ce besoin à la limite de la compulsion. Durant son sommeil, il rêve aux plaisirs de peindre. Le matin, avant de faire le déjeuner pour ses enfants, il se lance à la poursuite des oeuvres imaginées durant la nuit. Puis ce sera après le boulot, les samedis et les dimanches. Bref, tous les moments libres où il n’agit plus à titre de peintre en bâtiment, de prime abord, métier exercé pour suppléer aux nécessités du quotidien et où il excelle en ce qui a trait aux faux finis de marbre et de granit. Des travaux toujours en des lieux prestigieux et de grandes dimensions, s’entend !

Par contre, pensons à un atelier à l’espace minimaliste, installé à même le logis familial. Cela, même si l’acte de peindre se fait physique pour Michel Soulières : l’intensité des couleurs projetées par la spatule s’apparentant à un exutoire dont le peintre seul sait reconnaître le moment de la finalité.

Donner contenance à sa vie par l’abstraction

Il sait dessiner des paysages réalistes, sentis, porteurs des beautés de la nature depuis la tendre enfance. Il sait recréer les effets des lumières des reliefs montagneux, également des reflets aquatiques virevoltants des cours d’eau. Et tout autant l’émerveillement de l’oeil au contact des aurores boréales du Nunavut, là où il passe une partie de l’été sur les chantiers pour gagner le pain et le beurre de ses quatre enfants. Or c’est par l’expression de l’abstraction qu’il trouve l’accomplissement.

Artiste autodidacte, ivre de liberté, on devine l’insoumis aux règles scolaires du « comment créer » ; son art procédant avant toute chose de l’intime et du soi personnel. Natif de Lévis, à la fin de l’adolescence, son frère, aussi artiste, l’accueillit à Joliette. Ce qui lui facilita plusieurs escapades vers Montréal, qui lui auront fait voir et vivre le rythme de l’urbanité. Aussi, tel un irréductible habité par un enthousiasme signifiant qu’il fait bon vivre, en 2009, il donna libre cours à l’acte fougueux de peindre qui, tel un baume, viendra apaiser sa difficulté d’être. La création venant ainsi donner contenance à sa vie. Ainsi est-il devenu un peintre gestuel et hautement coloré ; le rendu des toiles devenant une improvisation indissociable du mouvement libérateur voire du feu en soi.

Rassemblement, 48 x 36 po

Rassemblement, 48 x 36 po

Alors…

Il peint tout autant qu’il doute. Il a détruit plusieurs oeuvres formidables. Des toiles qui ne lui parlaient plus. L’homme est instinctif, anxieux, incertain. Pourtant, tout au long de ses oeuvres, nous retrouvons l’équilibre entre l’impulsion et la réflexion. Une tension entre les besoins de dire la liberté et la rigueur de la discipline de peindre.

Ce que Michel Soulières souhaite le plus : que le spectateur plonge tout entier dans sa peinture. Pour ce faire, il privilégie les grands formats. Ceux qui happent l’oeil et s’approprient la dimension entière de la personne. Ces larges canevas qui savent induire le coeur du spectateur d’un baume chaleureux, fébrile à l’idée d’une liberté de sens personnelle, renouvelée à chacun des regards portés.

Funny Series (1), 20 x 20 po

Funny Series (1), 20 x 20 po

Sur la toile, il applique plusieurs couches de peinture à l’huile qu’il préfère à l’acrylique trop maigre et superficielle. Puis dans un geste unique, il balafre la surface de lignes sinueuses. Presque brutal, Soulières réduit à néant symboliquement ce qui ne le servira pas. Le peintre saisira l’émotion sur le vif. Les balafres délimiteront son territoire investi par des « splash » d’huile colorée, progressant alors dans le champ de l’abstraction et de l’épuration sans référence aucune à l’objet reconnaissable. Soulières compose avec le hasard. Mieux, il sème le hasard sur le parcours de la toile à créer.

Folie, 12 x 12 po

Folie, 12 x 12 po

Atteindre un sens d’équilibre. Voici ce qui permettra au peintre de peaufiner tous les aspects de l’impact de ses toiles par des harmonies audacieuses et énergiques. Il sait faire l’inventaire des contrastes créant un maximum de tension optique. Parlons d’oeuvres rendues possibles que par les recherches en couleurs qui les ont précédées. Des oeuvres n’existent plus, l’homme détruisant chacune des toiles dont il ne ressent plus la « drive ». Ouf !!! Sauf que sous la diversité des tableaux, existent une unité d’expression, une même signature et une même richesse. Une création plus que formidable, unique et enivrante, donc. À voir absolument !


 Texte de Michel Bois

Michel Soulières est représenté par les Galeries Beauchamp à Québec et à Toronto.

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