Magazin'Art


Claude Lafortune

Une âme d’enfant

Formes, volume et espace

Un grand créateur

Associé à jamais et rendu célèbre grâce à L’Évangile en papier, émission mythique de Radio-Canada, Claude Lafortune a également contribué aux décors des émissions télévisuelles La Souris verte, La Ribouldingue et de Sol et Gobelet. En tant que directeur artistique, il a signé les décors du film culte IXE-13 produit en 1972 et conçu des décors de spectacles au théâtre et pour la scène musicale.

Il a mis sur pied La Très belle histoire de Noël et orchestré le visuel du défilé de la St-Jean de 1981. Il fut associé à la télévision pendant plus de 26 ans jusqu’en l’an 2000. Le nombre de livres édités à partir de ses émissions ou de ses œuvres ne se comptent plus. Ses expositions Colle, papier, ciseaux et L’arche de Noé sont actuellement en tournée à travers le Québec. Au mois d’avril 2018, le Lieutenant-gouverneur du Québec lui a décerné la médaille d’or et il participe activement à un portrait de carrière en cours de réalisation.

Ara le merveilleux perroquet, papier et colle, 2017

Ara le merveilleux perroquet, papier et colle, 2017

Qu’est-ce qui fait courir Claude Lafortune ?

L’Évangile en papier, diffusée en 1973-74, fut sans contredit le tremplin d’un parcours unique. Cette émission, devenue légendaire dans un Québec en proie à la laïcisation de la société, propulsa au-devant de la scène ce créateur d’exception qui a su multiplier des créations uniques pendant plus de 50 ans.

La majorité des émissions qu’il a animées au cours de sa carrière à Radio-Canada est le résultat de ses propres concepts. À titre d’exemple, on se souviendra, outre L’Évangile en papier, des émissions L’église en papier, La bible en papier, Québékio et de Parcelles de soleil qui restera à l’antenne pendant 14 ans jusqu’en 2000.

Noé et la colombe de la paix, papier et colle, 2005, Collection du Musée des religions du monde

Noé et la colombe de la paix, papier et colle, 2005, Collection du Musée des religions du monde

Jeune diplômé de l’École des Beaux-Arts de Montréal en 1961, Claude Lafortune poursuit le rêve de devenir décorateur de théâtre. Boursier, il part à Paris poursuivre sa formation dans le domaine. Bien qu’il ait signé plusieurs conceptions théâtrales à titre de directeur artistique, ce sont ses personnages et décors télévisuels qui demeurent gravés dans l’imaginaire collectif québécois.

À ses débuts comme professeur d’art plastique à Sherbrooke, il utilise déjà le papier comme outil de conception avec ses élèves. Les deux piliers de sa longue carrière sont alors déjà bien ancrés : l’utilisation du papier comme véhicule de création et la mise en place de zones de rencontres avec les enfants.

Gens de pêcheries, char allégorique, défilé de la Saint-Jean, Montréal, 1981

Gens de pêcheries, char allégorique, défilé de la Saint-Jean, Montréal, 1981

Un philosophe avec une âme d’enfant

Claude Lafortune dit qu’il a inventé son propre monde. Ses personnages de papier ont tendu la main au public afin de le lui faire partager. Chaque création constitue une nouvelle aventure. Unique. N’utilisant pas ou peu le crayon pour l’étape du croquis, la sculpture de papier en 3D prend forme dans sa pensée et le créateur entame sa réalisation du bout d’un pied ou d’une patte. Toujours par le bas. Formidable pédagogue, il comprend très tôt l’importance de l’impact visuel et de la création en direct dans l’art de traiter d’un sujet. L’univers des enfants est un puissant moteur d’inspiration qui trouve écho dans sa volonté de s’exprimer d’abord puis de traduire l’importance de comprendre, pour les nouvelles générations, d’où elles viennent afin de leur permettre de mieux s’ancrer dans l’avenir. Les histoires narratives autant que les personnages célèbres ou les animaux, sont pour lui, un genre à part entière : une méditation poétique, historique ou dramatique.

Madame Noé et ses gentils singes, papier et colle, 2016

Madame Noé et ses gentils singes, papier et colle, 2016

Des œuvres éphémères

Le papier et le carton sont-ils des matériaux moins nobles pour un créateur que la pierre, le bois, le métal, le textile ou le verre ? Prière de ne pas en douter. Le créateur est toutefois conscient du passage du temps sur ses œuvres qu’il considère à son image, de passage sur la terre, uniques et éphémères. Du papier, il en apprécie la flexibilité, la maniabilité, le mouvement, la légèreté et les mille et une possibilités du mélange des textures et des couleurs.

Jeanne d’Arc la pucelle, papier et colle, 2007, Collection du Musée des religions du monde

Jeanne d’Arc la pucelle, papier et colle, 2007, Collection du Musée des religions du monde

Créateur, sculpteur, artisan et bricoleur, Claude Lafortune est tout ça. À travers ses sculptures, l’artisan-sculpteur de papier s’attarde à transmettre une âme à chacune de ses créations. Érudit et humaniste, il connaît par cœur l’histoire de ses personnages et transmet par ses pliages et ses coups de ciseaux, une atmosphère singulière qui caractérise chacune de ses sculptures. Il s’intéresse aux émotions des personnages à un moment charnière de leur vie. Au sein de l’exposition Colle, papier, ciseaux le visiteur est entouré de cette atmosphère particulière qui émane de chaque personnage où un Beethoven est empreint de colère aux prises avec sa surdité, un Mozart s’affiche serein en pleine création ou encore une Jeanne d’Arc domine, chevaleresque et déterminée mais enfantine et pure. Quant à sa dernière exposition L’arche de Noé, elle raconte à sa manière, ce mythe célèbre à travers les sculptures de papier et fait découvrir cette histoire millénaire sur un mode poétique, ludique et participatif. Les animaux y tiennent une place d’honneur.

Ludwing van Beethoven, papier et colle, 2006, Collection du Musée des religions du monde

Ludwing van Beethoven, papier et colle, 2006, Collection du
Musée des religions du monde

La démarche de Claude Lafortune contraste avec celle de ses contemporains tant par le choix du matériau que le véhicule télévisuel longtemps utilisé comme mode de diffusion de son travail de créateur. Secouant à sa manière, les paradigmes de la peinture et de la sculpture, il n’a de cesse d’exploiter la tridimensionnalité du papier, repoussant ses limites dans le domaine de la sculpture tout en exprimant le sublime des êtres vivants à l’aide d’un matériau éphémère. La pratique pédagogique et l’engagement conceptuel de Claude Lafortune à l’égard des œuvres de papier ont profondément influencé cette forme d’art au Québec. Son travail demeure encore aujourd’hui, unique et inédit, magistral et fragile mais combien vibrant et accessible à tous.


Texte de Marie-France Bégis

L’exposition L’arche de Noé est présentée au Musée des religions du monde à Nicolet jusqu’au 31 mars 2019.

L’exposition Colle, papier, ciseaux sera présentée à La pulperie de Chicoutimi du 2 février au 12 mai 2019.

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