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L'éditorial de Jacques Latulippe

Éditeur et chef de la rédaction

jacques

LE MONDE DES SUBVENTIONS ET COMMANDITES

 

Depuis 3 ans, nous présentons sous le sommaire, en page voisine, un bandeau portant l’emblème du Canada avec une mention de reconnaissance de l’aide financière accordée par le gouvernement fédéral pour nos coûts rédactionnels par l’entremise du Fonds du Canada pour les Magazines ou FCM, programme peu connu du grand public. Or, jusqu’à ce que le sujet des commandites et subventions fasse l’objet d’un spectaculaire débat public, cette présence avait suscité un intérêt mitigé de la part de nos lecteurs. Il en est maintenant tout autrement : peu de jours se passent sans que je ne reçoive un coup de fil ou un courriel me demandant de quel type de support il s’agit. Pour tous ces gens qui veulent savoir, et en tant que souscripteurs du magazine et citoyens payant des impôts, c’est pleinement leur droit, voici donc des éclaircissements.

Le Fonds du Canada pour les Magazines a été créé en 2000 pour favoriser l’essor de l’industrie afin de pouvoir mieux faire face à la compétition parfois déloyale des magazines étrangers, en particulier celle de nos voisins du Sud. En effet, ceux-ci éditent des éditions dites canadiennes au contenu rédactionnel imposant soutenu par des revenus publicitaires qu’on ne peut rêver d’obtenir ici à cause de moyens et d’une population limités. Cet état de choses a mis en péril ou fait disparaître d’excellentes publications canadiennes à tirage limité, quand ces dernières n’ont pas été absorbées par des groupes de presse..

Pour les quelques premières années, ce support était disponible pour tous les magazines qui étaient publiés au Canada par des Canadiens avec un contenu canadien, englobant tous les magazines grand public, quels qu’en soient les sujets traités. Ainsi, selon le dernier rapport publié par Patrimoine canadien, ministère responsable de ce projet, pour l’année de financement 2003-2004, les magazines DERNIÈRE HEURE, LE LUNDI et 7 JOURS recevaient respectivement 113 112 $, 120 863 $ et 258 913 $. Au cours de cette même année, ce ministère décidait avec beaucoup de sagesse, selon moi, de limiter ce financement aux petites maisons d’édition telles que celles produisant des magazines de grande qualité mettant en valeur les œuvres d’un large éventail de créateurs canadiens, notamment les magazines artistiques et littéraires dont nous faisons partie, vous en conviendrez.

Pour cette même année, Vie des Arts et Canadian Art, deux magazines d’art distribués au Québec, recevaient respectivement 34 286 $ et 41 963 $. Le premier a un tirage inférieur à 5 000 exemplaires et l’autre, malgré ses prétentions, imprime environ 10 000 exemplaires. Le nombre typique de pages publiées en moyenne par ces deux publications se situe entre 100 et 125, excédant rarement 150 pages. Pour sa part, cette même année, MAGAZIN’ART recevait 31 633 $. Cet apport nous a permis d’augmenter nos pages à un nombre moyen de 150, atteignant 192 pages au printemps dernier, sans compter le présent numéro qui excède 200 pages. Conséquence directe : notre tirage s’est accru et se chiffre maintenant à 13 000 exemplaires vendus. Voilà ce que nous avons fait des argents reçus et qui est fidèle à l’esprit et les objectifs du Fonds du Canada pour les Magazines. Cette croissance permet aussi aux gouvernements de percevoir plus de taxes de vente et d’impôt, ce qui constitue en quelque sorte un mode de remboursement.

Précisons qu’il existe d’autres modes de subventions tels les subsides versés par le Conseil des Arts du Canada, celui du Québec et quelques autres provinces. Nous n’en profitons pas, pour la simple raison que nous n’en avons jamais demandés. Nous pensions et continuons de penser que les amateurs d’art sont les seuls juges. Si notre publication n’est pas à la hauteur et ne trouve pas suffisamment d’adeptes, pourquoi les contribuables devraient-ils en faire les frais? 

Parmi les subventions, mentionnons celles versées par le Conseil des Arts du Canada. Toujours pour l’année 2003-2004, Vie des Arts a touché 67 000 $, Etc. 41 600 $, Canadian Art 103 500 $, Parachute 98 000 $.  Quant au Conseil des Arts et des Lettres du Québec, il a distribué des subventions aux magazines d’art suivants ; Vie des Arts – 68 775 $, Parachute 82 875 $, Etc 61 880 $. Finalement, le Ontario Art Council a gratifié Canadian Art de 35 000 $. Si nous faisons un petit exercice comptable gratuit, toujours pour cette même année, Canadian Art a touché 180 500 $, Vie des Arts 170 000$, Parachute 181 000 $, Etc. 103 500 $. Nous sommes donc bien loin du 31 363 $ qui nous a été octroyé. Et pourtant, et nous en sommes fiers, la diffusion de MAGAZIN’ART dépasse celle de Parachute et Etc. réunies, et n’est pas loin d’atteindre celle de Canadian Art et Vie des Arts, ces dernières étant les plus vieilles publications du genre au Canada.

J’espère que ces explications détaillées et ces comparaisons vous édifieront, mais surtout, qu’elles vous rassureront : ce n’est pas demain la veille que vous paierez votre magazine deux fois, soit une première par votre abonnement ou votre achat en kiosque et une seconde, avec vos taxes.

Jacques Latulippe